dimanche 14 juin 2009

Stanley Kubrick's Lolita

Obtenir le DVD de cette version de Lolita n'a pas été une sinécure. Il devait revenir à la BU le 11 mai, mais le gentil emprunteur ne l'a déposé que le 2 juin. Imaginez moi, fébrile, parcourant le rayon K tous les matins pour voir que le seul Lolita qu'il y avait était exclu du prêt.
Finalement, je l'ai eu, et j'ai pu l'emprunter. La première adaptation du roman de Nabokov, de 1962, soit très peu de temps après la parution du roman, et par un mythe comme Stanley Kubrick. Sur le papier, c'est excitant. Cependant, cette excitation ne passe pas l'épreuve des deux heures et demi de film. Non pas que le film est mauvais, non, il est bon, mais il s'agit d'une bien piètre adaptation.


J'ai plusieurs problèmes avec cette version. Tout d'abord, et cet avis n'engage que moi, James Mason fait un bien piètre Humbert Humbert : on ne ressent rien de la névrose du personnage du roman et de son goût pour les nymphettes. D'ailleurs, notre chère Dolorès n'a rien de bien sensuel tout le long du film. Non pas que j'aurai voulu du trash, nous sommes en 1962, ne l'oublions pas, mais tout de même... Il faut attendre la fin du film pour avoir une petite phrase qui explicite un peu plus la teneur des relations ente Humbert et sa belle-fille !

Cela tient à un changement structurel dans la trame scénaristique et visible au premier coup d'oeil : Sue Lyon, qui joue Dolorès, Lola, Lolita, est âgée de bien quatre ou cinq années de plus que le personnage du roman. Dès lors, rien n'est plus pareil, d'autant que Kubrick ne fait aucune mention du passé d'Humbert le nympholepte, à peine a-t-on des bribes d'Humbert le professeur. L'histoire qui lie le professeur à Lolita ressemble alors à celle d'un homme qui préfère les femmes plus jeunes, et voilà tout. Le terme de "nymphette" est cité une fois, à Ramsdale. Sans la dimension psychologique et subversive à la fois de l'épisode biographique d'Humbert et de la nymphéité de Dolorès, les déviances sexuelles racontées dans Lolita n'ont strictement plus aucun intérêt, et cela devient banal.
D'autant plus qu'aucun plan dans le film n'affirme de réelle sensualité entre les deux êtres, aucune trace du désir latent d'Humbert, tout reste très cérébral. A l'opposé du Humbert romanesque...

Stanley Kubrick signe donc ici une médiocre adaptation du roman, et je n'ai pas parlé de la mise en avant du personnage de Quilty, tantôt bien pensée et tantôt ridicule, mais qui est était je pense rendue nécessaire par la courte durée qu'impose le cinéma comparé au roman. Si l'on arrive à se détacher du roman de Nabokov, le film est bon et Kubrick nous raconte sa Lolita. En revanche, si l'on regarde le film avec l'oeil du lecteur, cela passe beaucoup moins bien.
En conclusion, un bon film, et je suppose que les cinéphiles pourront mieux en parler que moi, mais une mauvaise adaptation. Pour avoir vu celle de Lyne des années avant d'avoir lu le roman, et des bribes de souvenir qu'il me reste, il me semble que l'adaptation est meilleure. Mais j'en reparlerai dans un autre billet.

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