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jeudi 24 septembre 2009

Death Magnetic

La première fois que j'ai entendu parler de Truman Capote, c'était à l'occasion de la diffusion sur Canal + de son biopic réalisé en 2005. J'avais longtemps projeté de lire un de ses livres (De Sang-froid, pour faire dans l'originalité), mais je n'avais jamais vraiment sauté le pas jusqu'à ce que je tombe sur un petit Folio 2€ de sa plume lors d'un vide-grenier dans le XXe arrondissement de Paris. Arrachant le livre à 1€ (c'est dingue, entre Lille et Paris l'inflation qu'il peut y avoir au niveau du prix des livres sur une brocante), j'ai pu découvrir Truman Capote.

Ce livre, il s'agit de Cercueils sur mesure, paru dans le recueil Musique pour caméléons paru en 1980. Se mettant en scène, Truman Capote nous raconte un fait divers livré de manière journalistique si bien que l'on peut se demander si cela est réel ou pas. Jake Pepper, un ami du narrateur, enquête depuis 5 ans sur une affaire dans le Nord des Etats-Unis, dans laquelle chaque victime a reçu avant de mourir, par voie postale, un petit cercueil taillé de bois contenant une photo volée d'elle. L'affaire "bouffe" littéralement l'inspecteur, puis le narrateur par l'impossibilité de prouver la culpabilité du principal suspect.

Difficile de juger l'écriture de Capote lorsque son récit ne se compose presque que de dialogues, mais ceux-ci sont toniques, vivants et pleins de caractères. Le point principal d'un livre de ce genre reste l'intrigue et sa plausibilité si je puis dire. La première partie du livre est très bonne de ce niveau là, décrivant des crimes ingénieux et un mode opératoire savamment construit et logique. Cependant, une fois l'exposé des faits au narrateur passé, le rythme retombe dans une sorte de mollesse générale et perd peu à peu son lecteur. Il se passe un tas de choses, mais peu d'intéressantes, si bien que le livre se conclut sur une fin énigmatique qui ne donne aucune réponse et pose de nouvelles questions, mais d'une manière qui ne peut satisfaire ni celui féru de vérité qui ne saura pas et celui féru d'enquête, qui ne peut se faire de véritables idées, le livre étant centré sur un unique suspect.

En somme, un bon livre qu'on lit d'une traite, sans s'arrêter tellement l'intrigue policière est bonne, mais qui retombe comme un soufflé à la dernière ligne.


dimanche 16 août 2009

It's gonna be legend... - wait for it... - dary

Lorsque j'étais encore enfant, je devais avoir entre 6 et 8 ans, j'ai vu, sur le canapé avec mon père, sur Canal +, un très vieux film en noir et blanc qui m'avait traumatisé, ou marqué. Un homme, seul dans sa maison, faisait face chaque nuit à des hordes de vampires qui l'appelaient par son nom, tandis que le jour, il s'affairait pour survivre en tuant les vampires qui sommeillaient et en se réapprovisionnant en vivres. Ce qui a du me choquer à l'époque, c'était cette vision apocalyptique et surtout ce confinement du héros, dans sa maison alors que, chose horrible, des vampires l'appellent au dehors. Plus de dix ans ont passés depuis, je me souviens encore de ce film, mais impossible de trouver le titre de ce que je pense être un simple nanar de série B qui n'a laissé de trace que pour quelques amateurs de vieux cinéma horrifique.

Un midi, j'étais à table et mon père avait mis dans le lecteur DVD la galette de Je suis une légende, avec Will Smith. Je savais qu'il avait été tiré d'un roman, et, après le repas, je me lève en laissant en plan le début du film pour me renseigner sur ce livre de Richard Matheson. Sur la fiche Wikipedia du livre, on en apprend un peu sur le synopsis du livre (très différent de celui du film sus-cité). Bon sang, mais c'est l'histoire de mon film oublié, ça ! Pourtant, je suis certain que le héros n'était pas Charlton Heston, ce n'est donc pas Le Survivant. Après une petite vérification, mon film est la première adaptation du roman, sortie en 1964, avec Vincent Price (grand acteur de cinéma de genre, également connu pour être la voix ténébreuse du Thriller de Michael Jackson), Last Man on Earth. Je commande donc le livre, et je ne manquerai pas de vous parler de cette première adaptation dans un autre article si jamais je réussi à le trouver.

Avant de commencer ma chronique sur ce livre paru en 1954, j'aimerai juste décerner à l'édition que je possède la palme de la couverture de livre la plus idiote et la moins réussie de tous les temps. Pourquoi répéter deux fois Je suis une Légende ? C'est grotesque. Deuxième point, c'est quoi cette manie d'illustrer un livre par l'affiche d'un film qui s'en veut l'adaptation alors qu'en réalité, il n'y a pas grand chose de vraiment commun au film. New-York, c'est le nom new-age d'Ingleston, la ville du roman ? Je sais bien que c'est fait pour vendre en profitant de la sortie du film au cinéma ou en DVD, mais bordel c'est moche, et quand je vois le livre, j'ai envie de le jeter par la fenêtre. Heureusement que le contenu s'avère aussi bon que la couverture est mauvaise.

Roman d'anticipation écrit en 1954, Je suis une légende nous conte l'histoire de Robert Neville, dernier homme vivant d'Ingleston qui n'ait pas été contaminé par le vampirisme. Il tente de résister en se barricadant la nuit, et en s'affairant la journée à consolider ses défenses, à s'approvisionner en nourriture et à détruire les vampires aux alentours de chez lui. Solitude, nostalgie, questions existentielles. Pourquoi continuer de vivre alors que l'on est seul au monde ? Après alcoolisme et dépression, Robert Neville va tenter de s'attaquer aux causes de cette maladie en se lancant dans de grandes recherches.
Le mythe du vampirisme est ici attaqué de deux fronts. Tout d'abord, par l'angle classique des clichés habituels des vampires, ainsi l'on retrouve une scène analogue à une autre de Dracula. D'un autre côté, les clichés sont passés à la moulinette scientifique et tout devient rationnel par les yeux de Robert Neville qui nous explique pourquoi les pieux tuent les vampires et non les balles, etc... De plus, tout cela s'accompagne par une réflexion, toutefois sommaire et avec beaucoup de lieux communs, sur la solitude et la différence.

L'histoire est très intéressante et même si la langue de Richard Matheson n'a rien d'exceptionnel et utilise toujours les mêmes ressorts, l'on se laisse facilement porter par cette histoire du dernier homme au monde qui démonte à lui-seul le vampire et son mythe.


mercredi 17 juin 2009

On the road again

J'ai attendu longtemps avant de lire La Route, de Cormac MacCarthy. Ce livre avait éveillé mon attention alors que je regardais le Grand Journal, sur Canal +, et que le grand Ali Baddou en faisait une excellente critique, et en dévoilait la trame : dans un monde post-apocalyptique dévasté et dépeuplé, un père tente de survivre avec son fils, dernier feu qui habite encore son univers de gris. Malheureusement pour moi, le livre venait juste de sortir en grand format, et n'ayant pas les bourses nécessaires à un tel investissement, j'ai du attendre, et quelle ne fut pas ma joie lorsque je vis il y a de cela peu de temps que le roman était enfin disponible en poche chez Points ! Je me suis jeté dessus pour le dévorer.

Pas la peine de vous faire attendre plus longtemps, mon verdict est en accord avec mes attentes initiales, il s'agit là d'un très bon livre, mais avant d'en tresser un éloge, je voudrai revenir sur un point qui m'a absolument horripilé. Est-il normal que dans un livre à sept euros, l'on trouve régulièrement des coquilles plus que gênantes ? Une dans le livre, je veux bien, mais une presque toutes les huit ou dix pages, c'est absolument affolant ! Je passe encore sur le "man geais" ou le "ti rait", espaces mal placés mais qui donnent envie de s'arracher les cheveux, mais lorsque parfois, il manque des morceaux complets de phrases, c'est tout bonnement inadmissible, tellement que j'ai failli arrêter ma lecture à la vingtième page, excédé. Et la lecture se poursuit, et lorsque l'auteur veut jouer avec son style, on finit par se demander si ce n'est pas du à une faute de l'éditeur... Vraiment honteux.

Dans le roman, pas de nom, juste le fils et son père. Le lecteur les accompagne tout le long de leur voyage sur la route vers le Sud pour fuir l'hiver qui approche. Les descriptions sont fines, décomposées en plusieurs niveaux de gris, seule "couleur" de ce monde terne ravagé, couvert de cendres.
La principale préoccupation de l'homme est la survie de son fils, de ne jamais l'abandonner et de toujours le rassurer. Cependant, les dialogues entre les deux personnages s'en tiennent au strict minimum. Seuls au monde, ces deux personnages ne se parlent pas entre eux, pris par la peur et les interrogations du fils auxquelles le père ne peut répondre. Ce fils qui est pour l'homme le moteur de sa survie : il possède deux balles dans son revolver, ils sont deux. Si jamais cela devait tourner mal, il ne pourrait faire face seul sans le feu, sans son fils qui incarne la pureté du renouveau post-apocalyptique.
Face à eux, des humains redevenus animaux, que l'on entrevoit par les yeux de l'homme, lors de courtes scènes horrifiques. Est-ce qu'il y a encore des gentils ? Les gentils, acculés, peuvent-ils toujours être gentils ?
L'écriture de MacCarthy est orale, avec une accumulation de conjonctions de coordination à la place des virgules, ce qui étouffe parfois le lecteur qui ne peut pas reprendre son souffle, et se trouve entraîner malgré lui dans un long phrasé dont il a du mal à tenir le rythme. Ce n'est pas un hasard, et si j'ai pu lire certaines critiques reprochant cette approche au livre, je trouve personnellement que cela s'adapte parfaitement au thème, à la situation du roman et correspond presque dans l'esthétique à ce que vivent les personnages.

A noter qu'un film est prévu pour cette année, avec notamment Viggo Mortensen dans le rôle de l'homme. N'en doutez pas, il sera vu et passé à ma moulinette.

dimanche 14 juin 2009

Stanley Kubrick's Lolita

Obtenir le DVD de cette version de Lolita n'a pas été une sinécure. Il devait revenir à la BU le 11 mai, mais le gentil emprunteur ne l'a déposé que le 2 juin. Imaginez moi, fébrile, parcourant le rayon K tous les matins pour voir que le seul Lolita qu'il y avait était exclu du prêt.
Finalement, je l'ai eu, et j'ai pu l'emprunter. La première adaptation du roman de Nabokov, de 1962, soit très peu de temps après la parution du roman, et par un mythe comme Stanley Kubrick. Sur le papier, c'est excitant. Cependant, cette excitation ne passe pas l'épreuve des deux heures et demi de film. Non pas que le film est mauvais, non, il est bon, mais il s'agit d'une bien piètre adaptation.


J'ai plusieurs problèmes avec cette version. Tout d'abord, et cet avis n'engage que moi, James Mason fait un bien piètre Humbert Humbert : on ne ressent rien de la névrose du personnage du roman et de son goût pour les nymphettes. D'ailleurs, notre chère Dolorès n'a rien de bien sensuel tout le long du film. Non pas que j'aurai voulu du trash, nous sommes en 1962, ne l'oublions pas, mais tout de même... Il faut attendre la fin du film pour avoir une petite phrase qui explicite un peu plus la teneur des relations ente Humbert et sa belle-fille !

Cela tient à un changement structurel dans la trame scénaristique et visible au premier coup d'oeil : Sue Lyon, qui joue Dolorès, Lola, Lolita, est âgée de bien quatre ou cinq années de plus que le personnage du roman. Dès lors, rien n'est plus pareil, d'autant que Kubrick ne fait aucune mention du passé d'Humbert le nympholepte, à peine a-t-on des bribes d'Humbert le professeur. L'histoire qui lie le professeur à Lolita ressemble alors à celle d'un homme qui préfère les femmes plus jeunes, et voilà tout. Le terme de "nymphette" est cité une fois, à Ramsdale. Sans la dimension psychologique et subversive à la fois de l'épisode biographique d'Humbert et de la nymphéité de Dolorès, les déviances sexuelles racontées dans Lolita n'ont strictement plus aucun intérêt, et cela devient banal.
D'autant plus qu'aucun plan dans le film n'affirme de réelle sensualité entre les deux êtres, aucune trace du désir latent d'Humbert, tout reste très cérébral. A l'opposé du Humbert romanesque...

Stanley Kubrick signe donc ici une médiocre adaptation du roman, et je n'ai pas parlé de la mise en avant du personnage de Quilty, tantôt bien pensée et tantôt ridicule, mais qui est était je pense rendue nécessaire par la courte durée qu'impose le cinéma comparé au roman. Si l'on arrive à se détacher du roman de Nabokov, le film est bon et Kubrick nous raconte sa Lolita. En revanche, si l'on regarde le film avec l'oeil du lecteur, cela passe beaucoup moins bien.
En conclusion, un bon film, et je suppose que les cinéphiles pourront mieux en parler que moi, mais une mauvaise adaptation. Pour avoir vu celle de Lyne des années avant d'avoir lu le roman, et des bribes de souvenir qu'il me reste, il me semble que l'adaptation est meilleure. Mais j'en reparlerai dans un autre billet.

vendredi 29 mai 2009

The Catcher in the Rye

Le 22 novembre 2008 est sorti l'album de rock le plus attendu de tous les temps, après 15 ans de gestation : Chinese Democracy, de Guns N' Roses. Je ne pense pas pouvoir exprimer mon amourpour cet album, je suppose que le fait que je l'ai acheté en version simple, puis en version collector, puis sur Rock Band 2 illustre bien cela.
Dans cet album, la septième piste s'intitule Catcher in the Rye. Jusque là, rien d'exceptionnel. Cependant, à force de chanter cette chanson, j'ai appris que celle-ci porte le titre d'un célèbre livre, qui ne l'était pas pour moi, The Catcher in the Rye, par J.D. Salinger, en français L'Attrape-Coeur.
En tant que fan absolu des Guns N' Roses, j'ai commandé le roman et je l'ai dévoré, d'autant plus après les termes appliqués au roman sur sa fiche wikipedia : "Publié aux Etats-Unis en 1951, plus de 60 millions d'exemplaires ont été vendus à ce jour et il s'en vendrait environ 250 000 chaque année. Il constitue l'une des oeuvres les plus célèbres du XXe siècle et un classique de la littérature, et à ce titre enseigné dans les écoles aux Etats-Unis et au Canada."
En plus, la personnalité de l'auteur est vraiment susceptible de me plaire, un reclu qui ne parle plus à personne suite au succès, de qui on attend la publication d'une nouvelle depuis aussi longtemps que Chinese Democracy...

Qu'est-ce que j'ai été déçu. Mais vraiment. C'est un peu le livre hype par excellence, sauf que ce hype dure depuis un demi-siècle. D'accord, j'en attendais peut-être trop et c'est peut-être pour cela que je suis si critique, d'autant que je dois bien l'avouer, l'histoire est sympathique et la narration aussi ; mais on est bien loin d'un chef d'oeuvre. Sauf peut-être qu'à seize ans, on s'identifie à Holden, et on trouve ce livre magnifique, d'où un succès ininterrompu.
Bref, je ne suis pas là pour disserter sur le pouquoi et le comment du succès du livre de Salinger, mais exprimé ce que j'ai tiré de ma lecture.
Holden nous raconte son histoire, qui s'est passée l'année précédente, juste avant Noël quand, renvoyé de son école, il décide de ne pas attendre la date des vacances pour quitter l'établissement, et s'en va trois jours avant, les passant à l'extérieur, ne désirant pas rentrer chez lui.
Le style est un style parlé, Holden s'adresse tout d'abord au lecteur (même si par la suite l'on se rend compte que c'est à un autre), le style parlé d'un adolescent, avec toutes ses expressions, ses particularités. Au début, c'est clairement lourd car exagéré, le trait est forci, mais on finit par s'y habituer, ou alors Salinger s'est calmé par la suite.

Ce qui m'a frappé dans ce livre, c'est l'incompréhension face à laquelle est placé Holden. Peut-être ne comprend-il pas le monde, mais surtout, personne ne le comprend. Pire, il ne trouve personne à qui parler. Cela est le fil rouge du récit, il conduit le voyage-même d'Holden. Trouver quelqu'un à qui parler, quelqu'un qui le comprenne et accepte ce qu'il a à dire. Alors il y a sa soeur Phoebe, de dix ans, et qui joue paradoxalement le rôle de confidente quand les personnes plus vieilles ne font que passer, évitant le dialogue, ou le refusant en imposant eux-même leur propre manière de dialoguer.
Au début du livre, la première phrase, Holden dit qu'il n'est pas très enclin à nous parler.

« Si vous avez réellement envie d’entendre cette histoire, la première chose que vous voudrez sans doute savoir, c’est où je suis né, ce que fut mon enfance pourrie et ce que faisaient mes parents et tout avant de m’avoir, enfin toute cette salade à la David Copperfield, mais à vous parler franchement, je ne me sens guère disposé à entrer dans tout ça. »

Pourtant, tout le long du livre, ce qu'il va chercher, c'est juste quelqu'un à qui parler.

jeudi 30 avril 2009

Lo de vie aux amours diluviennes

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »
— Vladimir Nabokov, Lolita, I, 1.

Je connais Lolita grâce à une ancienne amie, à qui je parlais sur un canal IRC. Un soir, celle-ci me raconte qu'elle est en train de regarder un film bizarre, Lolita, donc, où une jeune adolescente fait des "trucs cochons avec son beau-père lol". Curieux, sûrement un peu pervers, je lui demande de m'envoyer le film. A l'époque encore en 56k, ce fut la Poste qui me délivra le fameux divx, et qui plus est, en deux CDs. Ce n'était pas la version de Stanley Kubrick, mais celle d'Adrian Lyne, avec Jeremy Irons et la belle Dominique Swain. J'avais trouvé le film bon, même si je n'avais pas tout compris, et les scènes très suggestives. Cinq années ont passé, et je me plonge dans le Lolita de Nabokov.

Et c'est la révélation, l'explosion.

Le passage cité en haut de l'article doit être ce qui m'a été donné de plus beau à lire, à entendre, à voir. Je ne peux pas décréter ces phrases les plus marquantes de la littérature, car ma culture n'est que parcellaire et je ne peux me targuer de tout connaître et d'avoir étudié chaque mot de chaque auteur. Mais quand même, cela prend aux tripes, cela met tout de suite dans l'univers de Humbert Humbert, pour un voyage à ses côtés et à aux côtés de Dolorès, Dolly, Lola, Lolita.

Comment dissocier la prose de Nabokov de celle d'Humbert, ce nympholepte éperdument amoureux de sa Lolita ? Je ne peux qu'aborder ce roman que sous deux angles : celui de l'histoire, des personnages, et celui de l'écriture. Commençons par le premier, qui devrait éclairer le deuxième, l'inverse étant également vrai.

L'écriture est esthétique, un régal. La plume d'Humbert, de Nabokov, est agile et poétique. Elle manie les mots comme un peintre manierait le pinceau pour décrire non pas les décors, cela n'a que peu d'intérêt. La sensualité de Lolita, toutes ses caractéristiques, toutes les choses sans noms, Humbert nous en gratifie la vision en en définissant les contours par magie pure, si bien que sa Lolita est notre Lolita, cet enfant chéri. Je ne trouve pas les mots devant l'excellence et l'exactitude de la prose. Humbert joue avec le lecteur, utilisant tout le vocabulaire connu, diablement efficace car employé au bon moment, à la bonne occasion, tout en n'usant jamais de vulgarités, non, Humbert n'est pas de ce genre. Les pires horreurs sont décrites avec poésie, avec volupté. Le dégoût se mêlant à la beauté. Humbert joue avec son lecteur, pris dans sa névrose, change les noms, en glissant toujours une référence ténue ou visible à un livre, une pièce de théâtre, parodiant, psalmodiant, abusant des jeux de mots. Lire Humbert Humbert est un régal, il se joue de nous avec sa poésie pour nous transporter dans son monde plein de nymphettes, de dégoût et couronné, tout en haut, de ce ciel obscurci, par sa Dolorès, Lolita.

L'histoire, quant à elle, et je m'en rend compte à force d'écrire, ne peut être dissociée de cette écriture. Lolita est un tout, mais je vais faire de mon mieux pour paraître clair et précis, difficile en sortant de cette lecture tant les pensées se bousculent ; il faudrait des années pour percer la surface d'un livre comme celui-ci. Humbert Humbert, du pseudonyme que le nympholepte s'est choisi, aime les jeunes filles prépubères, les nymphettes, entre neuf et seize ans. Toutes les filles ne sont pas des nymphettes, et seuls ses yeux d'experts peuvent les voir. Délirant, malade, Humbert se fait ensorcelé par l'une de ces nymphettes, Dolorès Haze, surnommée Lolita. La passion d'Humbert pour Lolita, la jeunesse de Lolita et ses changements d'humeur, de sentiments, d'envies forment sinon un cocktail, un mélange explosif dont la gamine mène la danse, prenant vite conscience des avantages qu'elle peut tirer de la nympholepsie de cet homme.
Je trouve le "résumé" que je viens de faire bien incomplet, bien simple et facile, ne rendant pas hommage à l'oeuvre que je viens de lire.
Lolita, je pourrai en parler pendant des heures, sans arriver à structurer ce que je pense sans un terrible effort, tellement plus que tout, c'est la sensation que l'on éprouve en découvrant à la fois la magie de l'écriture et l'histoire d'Humbert de Lola qui n'est pas aisément descriptible.

Si je devais être concis, il y aura pour moi un avant et un après Lolita, si bien que je me désole de voir que je ne possède que l'édition de poche de cette oeuvre, ne lui rendant pas justice.
(Re)voir les films ne sera pas chose facile, tellement je risque d'être critique, mais je vais m'y risquer afin d'analyser la vision de Kubrick et de Lyne à la lecture que je viens de faire du livre de Nabokov. Cela ne peut être qu'instructif.


samedi 18 avril 2009

Bateman returns

Comment rendre l'atmosphère si particulière d'American Psycho, que j'ai décrite dans le billet qui lui est consacré, cette atmosphère si particulière pleine de nuances et d'évolutions dans l'approche et la considération du personnage, dans un film d'une heure et demi ? La tâche pouvait s'avérer ardu, c'est vrai. Et la tâche est à moitié réussie par Mary Harron.

Avant de passer au film, parlons des acteurs, ou plutôt de l'acteur : Christian Bale. Je ne suis pas très fan de son travail, dans Batman Begins, sa tête me fait vomir, mais force est de constater que là, là, il est Patrick Bateman et son interprétation est magistrale dans un rôle tout en subtilité. Vraiment impressionné par la prestation, il sauve à lui tout seul le film de la banalité.
Alors, que donne le film en lui-même, en tant qu'adaptation du roman de Bret Easton Ellis ? Déjà, dans l'aspect purement formel, mon oreille a été écorché à plusieurs reprises : Paul Owen est devenu Paul Allen, Timothy Price est maintenant Thimothy Bryce, par exemple. Ce ne sont que des détails, mais ça a suffit à me gâcher quelques dialogues.
Ensuite, le livre fait la part belle à la folie meurtrière de Pat Bateman, mais également à sa noyade progressive dans cette société de yuppies tous identiques. Cette dernière est extrêmement bien rendue, bien qu'en absence de mise en place d'une progression dans le traitement de Bateman, on perd l'essence de la trame du livre, mais l'on ne peut adapter un livre de 530 pages en une heure trente de film. Ce point est donc pardonnable.
En revanche, là où le bas blesse, c'est dans le traitement de la folie meurtrière de Patrick Bateman. Christian Bale est parfait lors de ces scènes, mais la réalisatrice hésite, attend, se dit qu'elle va y aller, et puis non. Les scènes de meurtre, en plus d'être peu nombreuses sont à la limite du parodique : on montre, on se ravise, on regarde d'un oeil avant de s'arrêter. Digne d'une très mauvaise série B.
Les monologues de Bateman sont bons pour nous mettre en perspective la psychologie du personnage, mais son cynisme est absent, le lissant un peu.
Et je ne parle pas de la fin, qui est beaucoup moins subtile que celle du roman. Ce n'est pas parce que la réalisatrice possède l'image qu'elle ne doit pas perdre en finesse, elle peut filmer tout en enlevant ses gros sabots.

En bref, American Psycho est peut-être un bon film, il est semble-t-il plutôt apprécié par les spectateurs, mais pour moi, en dehors de l'interprétation de Christian Bale, c'est une adaptation en demi-teinte.

La bande-annonce :



dimanche 12 avril 2009

Bateman begins

Depuis que j'ai vu le titre d'American Psycho, de Bret Easton Ellis, une seule chose m'a trotté dans la tête, si jamais je devais en faire un billet sur mon blog : la chanson du même nom, des Misfits. Pour moi, les Misfits, c'était 1977-1983, avec Glenn Danzig. Aucune chance pour qu'American Psycho en musique ait un rapport avec le roman d'Ellis, ce qui aurait pu faire une bonne transition. Or, en regardant les paroles, quelle n'est pas ma surprise de ressentir exactement les mêmes thèmes que dans le roman, presque mot pour mot.

Inside a Wall Street mind a psycho lurks
Lines of cocaine cut in Hell
Obsessive hands gently grab your neck
Compulsively you'll die... I hate people

Whoa-oh, whoa-oh, Oh-Oh-Oh, whoa-oh
Struggling to breathe, go

The sweet asphyxiation and dismemberment
Sex puts me in the mood to make you die
Obsessive hands gently grab your neck
Look into sick eyes... I hate people

C'est Patrick Bateman qui est décrit ici, il ne peut en être autrement, je viens de vivre plus d'une semaine en sa troublante compagnie. Et en effet, les Misfits se sont reformés en 1995 (sans Danzig), et c'est du premier album des Resurrected Misfits, sorti en 1997 et intitulé, lui aussi, American Psycho (on va finir par s'y perdre, et encore, il y a le film et sa suite aussi, mais je ne les ai pas encore vu, ce sera donc pour une autre fois.).

Avec cette découverte, ma fameuse transition que je voulais tant n'en est que meilleure, car elle met bien en exergue la force qu'a pu avoir le roman d'Ellis sur le public américain. Les Misfits ne sont pas des experts de la finesse, nous sommes bien d'accord, ils sont classés dans le style Horror punk, ce n'est pas pour rien. Mais rien que cette violence ait pu engendré une chanson et le nom d'un album, c'est révélateur.

Avant d'aller plus loin, un portrait en quelques lignes de Bret Easton Ellis ? Très rapide, alors. Né en 1964, il est encore étudiant lorsqu'il publie son premier roman, Moins que zéro, en 1985, vendu à 50 000 exemplaires dès la première année. Il écrit en 1987 son second roman, Les lois de l'attraction, où apparait un certain Bateman, le même dont je vais vous tanné dans ce billet.
Bret Easton Ellis est considéré comme un nihiliste, lui-même se considérant plutôt comme un moraliste. Personnellement, n'ayant lu qu'American Psycho, je ne peux encore trancher, et cela m'importe peu pour l'instant. Il a pour habitude de mettre en scène de jeunes personnages dépravés, matérialistes, mais conscients et qui l'assument, d'où mon intérêt pour son dernier roman, Glamorama, que je vais sans doute commenter, et dont vous entenderez probablement parler ici un jour ou l'autre.

Bon, les Misfits, c'est bien, Bret Easton Ellis aussi, et si on passait à American Psycho ? Pas encore, il faut introduire l'oeuvre, et pour cela, commençons par l'histoire-même du manuscrit. Jugé trop violent et immoral (mysoginie, homophobie, et tout le reste) par l'éditeur d'Ellis, Simon & Schuster, American Psycho est refusé et ce malgré l'avancede 300 000 dollars déjà versés à l'auteur. Publié par Knopf, il se vend finalement à plusieurs millions d'exemplaires. Double banco pour Ellis, donc. Le livre étant au coeur du scandale, Ellis est obligé de prendre des gardes du corps, aux Etats-Unis tout du moins, car le scandale est bien moindre ailleurs (il est très bien acceuilli en France, par exemple).

Maintenant, passons au roman. Et non, je ne vais pas vous faire moi-même de résumé, de teaser, car je trouve la quatrième de couverture de l'édition 10-18 absolument géniale et juste. Je la copie donc ici :
"Je suis créatif, je suis jeune, [...] extrêmement motivé et extrêmement performant. Autrement dit, je suis foncièrement indispensable a la société ". Avec son sourire carnassier et ses costumes chics, Patrick Bateman correspond au profil type du jeune Yuppie des années Trump. Comme ses associés de la Chemical Bank, il est d'une ambition sans scrupules. Comme ses amis, il rythme ses soirées-cocktails de pauses cocaïne. À la seule différence que Patrick Bateman viole, torture et tue.
Bon, j'ai coupé la fin, ça cassait un peu le truc, finalement. Les présentations sont faites avec Bateman, maintenant. Il serait presque temps de parler du roman en lui-même, tiens.

Vous vous doutez bien que je n'ai pas écrit autant pour vous dire qu'American Psycho est une sombre merde, quoique j'aurai pu. De la sombre merde, ce livre en est bien loin, mais il convient de discerner deux temps dans l'appréciation du livre : celui de la lecture des 250 premières pages, et l'appréciation finale.
Franchement, tout le début du livre est d'un laborieux, j'ai cru étouffé devant les soirées au resto chic, avec les descriptions de tous les costumes portés par les personnages, marque par marque, chemise par chemise. Puis, vers la page 120, 130, apparaissent enfin les premiers indices de la folie meurtrière présentée dans la quatrième de couverture. Juste une mention en passant, comme ça, une demi-ligne, pas plus, d'un crime horrible commis la veille. Et le basculement s'opère peu à peu, car au début du livre, Patrick Bateman est encore sain d'esprit dans sa folie, il se contrôle en dehors de ses pulsions. Oui, American Psycho est une critique des années Trump, de la folie immobilière, du matérialisme américain sous Reagan, et tout ce qui s'en suit, évidemment. Mais là dedans, j'y ai surtout vu la perte de contrôle d'un homme qui ne peut plus faire face à ce qu'il est. Il n'est qu'une coquille vide, et le récit se fait de plus en plus incohérent, si bien que l'on se demande si tout cela n'est pas que fantasme.
Ce roman est celui de la solitude, la solitude de Bateman car personne ne peut le comprendre (c'est certain que comprendre quelqu'un qui trucide de jeunes femmes, les décapite, cloue leurs doigts, baise avec les cadavres et mange les intestins, ce n'est pas très facile, soit), mais surtout car personne ne l'écoute, ni même ne l'entend. Il a beau crier, s'époumonner, rien n'y fait, Bateman est seul, devant tous ces hommes et ces femmes qui ne pensent qu'à leur nombril, à leur dernière chemise et leur mousse pour cheveux. Moi, c'est ça que j'ai vu, la folie d'un homme devant un monde qui perd pied, un voyage sans issue quelque part, vers un endroit que Bateman ignore lui-même. Un soi fantasmé pour ne pas être comme les autres. Et le changement de narration, progressif, insoupçonnable tant il n'y a pas de rupture brusque, illustre parfaitement cela jusque la dernière ligne du livre. Alors même si la première centaine de pages peut sembler être un calvaire, il faut poursuivre car cela n'est qu'un pan d'une fresque que l'on ne peut réellement comprendre qu'à la fin de celle-ci.

Pour les âmes sensibles, certaines scènes sont proprement insoutenables, la torture est décrite si crûment et si froidement que cela en devient difficilement tenable dans certains passages. Pour ceux qui aiment le gore pour ce qu'il est, vous allez trouver ça jouissif, mais il serait dommage de s'arrêter à cela.