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mardi 1 septembre 2009

Star by Star

Qu'est-ce qui est de la littérature, et qu'est-ce qui n'en est pas ? Vaste question, n'est-ce pas ?

Mon parcours de lecteur a débuté avec L'Île au Trésor puis Roald Dahl avant de connaître une longue période durant laquelle une série de livres parmi toutes prenait une place prépondérante, phagocytant mon temps de lecture jusqu'à l'extrême, ne laissant que peu de places au reste. Cette série, il s'agit de celle des romans dérivés des films Star Wars. Est-ce que ces livres qui utilisent une licence pour bien vendre peuvent être considérés comme de la littérature ou juste comme des livres écrits en quatrième vitesse pour être rapidement sortis, et rapidement achetés pour contenter le fan trop heureux de pouvoir lire des histoires ineptes de sabres lasers, de robot asmathique et de vaisseaux spatiaux ?

J'ai commencé ma plongée (en apnée) dans l'Univers Etendu de Star Wars avec la trilogie de la Croisade Noire du Jedi Fou de Thimothy Zahn pour remonter à la surface à la fin de la saga en 19 tomes du Nouvel Ordre Jedi. Entre cela, une centaine de romans, même ceux estampillés "Jeunesse" y sont passés, et je me suis même essayé aux versions anglaises en étant encore qu'en 4e. J'ai oublié une bonne partie du "savoir" que j'avais à l'époque, mais il me suffit de prendre sur son étagère Les Ombres de l'Empire, de Steve Perry, pour que toute une atmosphère remonte à la surface. C'est bien, je suis sentimental, mais est-ce qu'on peut vraiment qualifier cette chose de littérature ?

Ce débat a souvent animé la communauté Star Wars, et encore aujourd'hui, on tombe parfois, mêmes sur des sites tels que Le Monde, des messages d'Internautes dénigrant certaines "jeunes qui ne sont bons qu'à jouer à leurs jeux vidéos et à lire leurs bouquins de SF et de Fantasy, jamais ils ne connaîtront la beauté de la vie, blablabla", je passe tous les clichés. Aujourd'hui, je pense être en mesure de répondre en ce qui concerne l'Univers Etendu de Star Wars, et plus globalement, car l'on part du particulier pour ensuite élargir.

La licence Star Wars a connue deux éditeurs, et grosso modo, deux périodes : Bantam puis Del Rey ; le premier a lancé et pérennisé, le second a renouvelé. La première période correspond à des romans faisant suite à la première trilogie mettant en scène quasi-systématiquement Luke, Han et Leia qui sauvent la galaxie. Certains livres sont très bons, très agréables à lire, faisant rire et pleurer (la saga X-Wing, qui met en scène un escadron presque-inédit de pilotes), tout en côtoyant des romans d'une lourdeur et d'un ennui mortel (Barbara Hambly est devenu mythique dans la communauté Star Wars pour deux de ses romans d'une médiocrité abyssale). Que penser de cette période ? Hormis quelques éclats de quelques auteurs, l'on navigue dans ce que l'on pourrait appeler des romans de gare, des livres faciles à consommer qui apportent du plaisir sans réfléchir, mais je reviendrai sur ces notions plus loin.
Del Rey reprend le flambeau avec l'arrivée de la nouvelle trilogie et l'on assiste à un renouvellement des histoires, des personnages et des auteurs. La série du Nouvel Ordre Jedi en est une très bonne illustration : les héros traditionnels sont progressivement éclipsés par une nouvelle génération, les gentils perdent et meurent, l'Empire n'a que peu à voir dans l'intrigue principal, tout est inédit et démesuré, si bien que l'on ne sait pas bien ce qui peut arriver en ouvrant l'un des livres (le traumatisme de Vecteur Prime est encore prégnant chez de nombreux fans), et la série est écrite par de nouveaux auteurs (Denning, Salvatore) épaulés de vieux routards qui ont écrits les meilleurs moments de l'époque Bantam (Stackpole, Aalston). Parmi ces nouveaux auteurs, l'un d'eux retient particulièrement mon attention et a atteint mon panthéon de mes écrivains préférés malgré le fait qu'il soit estampillé "SF/Fantasy" : Matthew Stover. Il a écrit Le Traître pour le Nouvel Ordre Jedi, Point de Rupture pour la Guerre des Clones et a été chargé de la novélisation de la Revanche des Siths, le troisième épisode de la saga cinématographique, le dernier à être sorti (j'aime bien embrouiller les gens). Ce n'est pas un prix Nobel de Littérature, mais sa plume est excellente et il n'a pas écrit que de très bons livres Star Wars, il a écrit de très bons livres tout court. Quand j'écris la critique d'un quelconque roman, je pourrai très bien écrire à la suite celle de Point de Rupture sans que ce dernier ait à en pâlir par son statut de "roman Star Wars". Il n'aborde pas que les thèmes que l'on retrouve dans les films et qui ont été répétés à outrance pendant l'époque Bantam, il construit une véritable réflexion sur des choses très différentes avec un brio certain. Pour le plaisir, je ne peux m'empêcher de citer un extrait du Traître, qui m'avait profondément marqué à l'époque (je devais être en 3e) car cela sortait de l'ordinaire des descriptions de combat des autres romans de la série.

« Ils se ruent sur lui, un par un, en un flot continu, chaque guerrier cherchant la gloire d'un combat singulier honorable.
Puis ils arrivent deux par deux.
Quand ils commencent à attaquer par groupe, ils doivent piétiner les cadavres de leurs camarades pour atteindre le Jedi. Un monceau de cadavres.

Qui se transforme vite en rempart...
Ganner Rhysode se construit une forteresse de morts.

[...]
Pour tenir le passage, il n'est pas suffisant de tuer et de blesser, ni d'être calme et attristé.

Pour tenir le passage, il ne doit pas seulement prendre des vies, mais le faire sans effort, avec insouciance et en riant joyeusement.

Pour tenir le passage, il doit danser, virevolter, sauter, tourbillonner et appeler à lui d'autres adversaires. D'autres victimes.
Il doit les obliger à hésiter à l'affronter.

Leur faire connaître la peur.
Et il a trouvé l'incantation magique qui a détruit les barrages, en lui, et libéré les flots.
Personne ne passera. Il manie la lame d'un héros tombé au combat. Maintenant, c'est lui le héros, et ses ennemis tomberont.
Il s'élève.

La Force gronde en lui, à travers lui, et il lui répond. En renonçant à tout contrôle, en abandonnant la pensée, en réagissant seulement à une vgue de passion et de joie, il trouve un pouvoir dont il n'aurait jamais osé rêver.
Il est devenu la bataille.
[...]

Ganner Rhysode ignore tout de la texture du corail qui couvre les murs, de la qualité de la lumière, ou du nombre d'adversaires qu'il combat. En a-t-il ffronté une dizaine ? Une centaine ? Combien on été traînés en sécurité après avoir récolté des blessures graves ? Combien gisent dans le brouillard sulfureux ?

Il ne s'en souvient ps, car il n'a plus de mémoire. Pour lui, il n'existe plus ni passé ni avenir.
Il n'a plus conscience de lui-même. Ni des Yuuzhan Vong. Il est devenu les guerriers qu'il combat, se tuant lui-même à chaque fois que l'un d'eux périt. Il n'existe plus de Ganner Rhysode. Plus de Yuuzhan Vong, plus de Jedi.
Il ne reste que les danseurs et la danse.

Dans la galaxie, désormais, tout est mouvement.
Tout est danse.

Tout
est. »
— Matthew Stover, Le Traître, XIV.

Cela peut paraître convenu dans une esthétique un peu surfaite que l'on aurait l'habitude de rencontrer dans ce qui veut se donner du style pour paraître, mais il est que la qualité est là, et j'aurai pu choisir bien d'autres extraits, parfois plus représentatifs mais qui m'étaient bien moins chers. Résumons l'époque Del Rey comme nous l'avons fait pour l'époque Bantam : il s'agit d'une hausse de la qualité, d'une prise de risque évidente avec de très bons auteurs qui écrivent de très bons livres. Mais alors, y aurait quelques bouquins qui seraient de la littérature et pas un truc pour ces décérébrés de fans abrutis, comme le pense l'éditeur français Fleuve Noir en proposant des traductions minables et bâclées, et des couvertures confinant aux limites du ridicule (allant jusqu'à échanger deux couvertures de deux romans, à confondre des quatrièmes de couverture...) ? Pas vraiment. J'ai même envie de dire que tous les romans Star Wars sont de la littérature (oui, même ceux de Barbara Hambly.), non pas dans la mesure où il s'agit de quelque chose d'écrit, mais plutôt dans celle où ces romans sont une façon comme une autre de se projeter dans un ailleurs et de s'évader, de s'initier à tous un tas de choses, de faire des expériences et d'évoluer, de se développer personnellement, et avant tout de prendre du plaisir.
Du particulier au général, il en va de même pour les romans de J.K. Rowling et son fidèle Harry Potter, que je ne porte pas vraiment dans mon coeur, ou encore plus récemment de la saga de Stéphanie Mayer dont le film Twilight nous est arrivé. Même Marc Lévy, tiens. Du moment que le lecteur prenne du plaisir, c'est là l'essentiel. Reste ensuite la question importante de savoir s'il s'agit ou non de bonne littérature...

dimanche 9 août 2009

Digression atomique

En matière de presse, je suis généralement avare en compliments. Et lorsqu'il s'agit du Monde (ou plutôt de ce qu'il en reste), je suis même plutôt très virulent. Il faut dire que se contenter de reprendre les dépêches AFP, répéter la communication gouvernementale sans chercher à faire des articles de fond (en gros, faire leur devoir de journaliste), ou bien encore citer comme sources pour certains articles Wikipedia (!?), ça n'aide pas à l'indulgence.

L'anniversaire d'Hiroshima est passé presque inaperçu, un petit encart dans Le Monde et Libé, douze secondes au 20 heures de TF1. 9 août, je ne m'attends rien pour Nagasaki.
Erreur ! Le Monde nous a concocté un joli petit visuel interactif comme ils l'appellent sur Nagasaki. Bon, tout ce qui est factuel est très succinct et à l'intérêt très limité. Ce qui est intéressant, en fait, ce sont les témoignages de survivants, qui font écho aux grands thèmes développés dans la littérature de la bombe atomique dont j'ai chroniqué certains ouvrages récemment. Évidemment, les témoignages sont charcutés, montés n'importe comment, mais cela fait toujours un certain effet de voir un hibakusha parler de son expérience. Même si cela n'a pas grand chose à voir avec les livres, je pense que je me devais de mettre un lien vers ces témoignages après avoir parlé un long moment de la bombe atomique.

Le visuel interactif du Monde, c'est par ici.

mercredi 29 avril 2009

Au nom de la rose


Me voilà de retour de Barcelone, où j'ai eu le plaisir de découvrir une agréable tradition, celle de la Sant Jordi.
Cette fête d'origine catalane se déroule le 23 avril, le jour de Saint-Georges, le patron de la région. La tradition, perpétuée depuis le Moyen-Âge, veut que la femme offre à son mâle un livre, et l'homme à sa douce une rose, car c'est bien connu qu'une femme ne sait pas lire.

Saint-Georges aurait été un militaire romain chrétien martyrisé au IVe siècle. Jacques de Voragine raconte son histoire dans La légende dorée, selon laquelle ce cher Georges aurait vaincu un dragon du sang duquel aurait jailli un rosier. Il offrit une rose à la princesse qui en retour lui donna un livre. Et par enchantement, tout le peuple se convertit au christianisme.

Le 23 avril est également, depuis 1996 et une décision de l'UNESCO, "Jour du livre et des droits d'auteur", qui a pour but, on l'aura deviné, de promouvoir le livre et de donner accès à la culture aux plus de personnes possibles.

Concrètement, cela s'illustre par des vendeurs de rose à tous les coins de rue, des librairies prises d'assaut avec des queues sortant parfois des bâtiments, et une foule compacte qui arpente les grandes artères de la ville à la recherche de la rose ou du livre qu'il faut, car c'est connu que l'on s'y prend toujours au dernier moment (il faut avouer que ça serait moins drôle, sinon).
Personnellement, contre une petite rose à 3€, j'ai eu droit au Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov.
Que c'est bon d'être un mâle.

samedi 11 avril 2009

Un pavé dans la mare

Je viens de terminer American Psycho, de Bret Easton Ellis, dont je parlerai dans un billet futur, le temps que ça repose. Dans la forme, le bouquin est une belle bête, un beau pavé de 524 pages. D'accord, on a vu pire (Que celui qui a vu le bout de Guerre et Paix soit acclamé comme il se doit. Non, un seul tome, ça compte pas.). Mais enfin bon, les éditions 10-18 aiment bien remplir entièrement la page de caractères, ça donne l'impression d'être vraiment noyé dans le bouquin et de n'avoir aucune échappatoire.

Le "pavé" a des avantages, et des inconvénients. Celui-ci permet de se plonger entièrement dans une histoire, dans une atmosphère, afin de capter totalement l'esprit du lecteur.
Seulement, et cela m'est arrivé au milieu d'American Psycho (qui est un excellent livre, au demeurant), je me suis lassé d'être avec le même personnage depuis 300 pages, avec Patrick Bateman. Des choix de livres plus courts me permettent de varier mes envies et mes explorations dans les différents genres et les différentes oeuvres des auteurs, et je dois tenir cela du fait que je pense toujours à ce que je vais faire après : ce que je vais lire après ce livre, et encore après, je vois très loin.

C'est peut-être aussi le problème de mon écriture : je veux déjà écrire une autre histoire à peine au début d'une nouvelle.

dimanche 5 avril 2009

Morsure de rappel

« Mais ce n'est pas une œuvre de haine. Le pauvre être qui a causé toute cette souffrance est le plus malheureux de tous. Songez quelle sera sa joie à lui aussi quand, son double malfaisant étant détruit, la meilleure part de lui-même survivra, son âme immortelle. Vous devez avoir pitié de lui aussi, sans que cela empêche vos mains de le faire disparaître de ce monde. »
— Bram Stoker, Dracula, chapitre 23.

Mon histoire avec Dracula remonte au lycée, à la terminale. Ne voulant pas faire mon devoir de mathématiques, je flânais dans le C.D.I., attendant que les autres finissent leur travail pour recopier. Regardant les romans, je me suis trouvé nez à nez avec Dracula, d'un certain Bram Stoker. J'ignorais totalement que c'était lui qui l'avait écrit, et je ne savais pas non plus que la narration était épistolaire, comme me le dit la "dame du C.D.I.", qui me félicita pour mon choix.

On croit tout savoir de Dracula. On sait que Christopher Lee l'a joué. Que Francis Ford Coppola a réalisé son Dracula en 1992 avec la plus belle femme du monde à son époque dans le rôle de Mina, Winona Ryder. Que Dracula suce le sang de ses victimes et qu'il vit dans un château entouré de brume en Transylvanie.
Dracula n'est pas un méchant méchant, et sa "vie" ne se résume pas à mordre de frêles donzelles pour boire leur sang. Dans l'oeuvre originelle, d'ailleurs, jamais le point de vue du comte n'est abordé. On ne voit que par les yeux, ou plutôt par les écrits, des hommes qui l'affrontent.

Alors, qu'est Dracula ? Un vampire, bien sûr. Un être complexe, pour sur. Quelque chose que l'on ne peut pas saisir, l'ombre qui est affrontée ne peut être approchée, ses contours ne peuvent être délimités. Impossible de savoir, c'est ce qui trouble encore à la lecture du roman. Maintenant, tout le monde sait ce qu'est un vampire, ce qu'est le mythe de Dracula. Pourtant, à la lecture, le mystère reste intact.
Car ce Dracula là n'est pas celui que nous connaissons.

dimanche 29 mars 2009

Savoir affirmer ses limites

J'ai fini d'écrire Angus. Non, je ne suis pas un surhomme, je n'ai pas réussi à composer un roman en une semaine. J'ai juste vu les limites que possédait mon plan, mon récit et la forme d'écriture que je voulais donner à mon roman. J'ai donc changé d'optique et de format, pour en faire une nouvelle.

Je m'en suis rendu compte en patinant lors de l'écriture. A partir du moment ou écrire devient un vrai calvaire, où l'on se demande comment combler cette page blanche, c'est que quelque chose ne marche pas. Déjà que d'habitude, j'ai toujours en tête un quota de page à atteindre, là, cela devenait obnubilant. En m'affranchissant de cette taille à atteindre, j'ai pris conscience de mes limites et je pense que j'en ai tiré avantage. J'ai pu me concentrer sur l'écriture, sur le fait, sans avoir envie de faire de grandes phrases lourdes pour avoir le plaisir de finir une ligne, non.

J'ai pu déployer tout ce que je voulais dans le but de susciter l'émotion, même si cela passe par de longues ellipses ou de courts passages ramassés. Cela enlève de la "matière", des caractères sur le traitement de texte, mais cela fait gagné de la qualité.
En voyant mes limites sur ce récit, j'ai pu changer, je l'espère, au bon moment pour donner un récit qui ne soit pas dénué de qualité.

samedi 14 mars 2009

Ma première fois

Et probablement ma dernière. Je parle bien évidemment du Salon du Livre, qui a lieu jusqu'au 18 mars 2009, porte de Versailles, à Paris.
J'étais impatient d'y aller pour la première fois, je m'imaginais déjà une fièvre intellectuelle avec des éditeurs qui présenteraient d'extraordinaires livres, un lieu où j'aurai envie de tout lire, ou tout du moins une partie.
J'aurai mieux fait de ne pas me déplacer, en réalité.
Je passe sur mon énervement dû à l'interminable queue, quand dans la file gratuite pour les étudiants, des personnes passent par une autre porte, coupent tout le monde pour se mettre devant toi alors que cette caisse ne leur revient pas, ça a déjà le don de m'exaspérer.

Bon, une fois qu'on est rentré, on peut peut-être se calmer et apprécier tous ces livres que l'on a devant soi.
Bah pas vraiment, en fait. L'affluence est telle que c'est un calvaire pour se déplacer entre les stands, qui sont pour la plupart petits et où personne presque ne s'arrête. J'avais dans l'optique de voir les stands de littérature étrangère (dont Philippe Piquier), ceux de mangas et voir un peu les readers, ces livres électroniques censés représenter le futur de la lecture.

D'abord, on se fraye un passage vers l'Escale Manga/Bandes dessinées. Beaucoup de stands de vente de goodies, et lorsque les éditeurs présentent des oeuvres, le personnel n'est pas là pour parler du livre mais le vendre par tous les moyens. Il y avait une séance de dédicace avec l'auteur de Soul Eater, Atsushi Ohkubo, mais il était déjà parti à mon arrivée.
On se balade ensuite par-ci par-là, rien de bien passionnant. Les seuls stands qui pourraient m'interpeller, du genre de celui consacré à la Serbie, est austère et repoussant, ne donnant pas envie d'aller découvrir ce qu'il s'y écrit.

J'arrive sur le stand Philippe Piquier, pleins de Murakami partout ! Je prends Les Bébés de la Consigne Automatique, cédant à l'ambiance du salon pour aller l'acheter. Minimum 16€ pour utiliser la carte bancaire ; c'est pas grave, je repose le livre et prend un autre Murakami, Love & Pop, à 18€, que je surveillais depuis plusieurs semaines déjà. C'est là que je me suis rendu compte que ce salon, en fait, n'est qu'une librairie géante, avec quelques dédicaces sur quelques stands. C'est le but premier de ce genre de salon, c'est moi qui en espérait autre chose. Tant pis pour moi, comme on dit. J'ai été bien puni, je vais replonger dans du Murakami et son univers glauque à l'excès.

Enfin, j'ai pu voir les readers, ces bêbêtes souvent protégées par des étuis en cuir pour rappeller de vrais agendas ou de vrais livres, ont des caractéristiques différentes. Un écran assez large, quelques touches, la plupart sont tactiles. En soi, amener le livre à l'ère numérique est très louable, mais je me demande encore l'utilité. A 250€ l'appareil (qui fait aussi parfois lecteur mp3, mais passons), il va falloir en lire, des livres, pour amortir son prix. Je ne pense pas qu'il existerait des problèmes de compatibilité, mais l'une des obligations pour que ce genre de produit se développe est que le prix de la version numérisée doit être inférieur au prix du livre en tant qu'objet. Hors, ce n'était pas le cas il y a encore quelques temps, si je me rappelle bien d'un articule sur un blog littéraire du Monde. S'ajouteun confort que le système numérique ne peut apporter, car s'éloignant du codex pour se rapprocher du parchemin, ou bien encore un problème de scrolling à faire incessant quand le geste de tourner les pages est si instinctif.
Et surtout, il n'y a pas le plaisir de voir combien de pages il reste avant la fin de ce foutu chapitre, et d'estimer ainsi si l'on peut continuer de lire avant que le train n'arrive à destination.

dimanche 8 mars 2009

La déchéance d'une âme

Je me suis remis à écrire. Chouette, penseront certains, tandis que d'autres resteront indifférents.
Pour ce nouveau roman, un an après avoir terminé Elle e(s)t Lui, je voulais quelque chose de nouveau, aussi bien dans le style, dans la narration que dans l'orientation de l'histoire. En septembre, j'avais commencé à faire une synthèse de toutes mes idées éparses qui pouvaient dans mes songes faire de bons romans, mais tout au plus des nouvelles étant donné le peu de matière que je possédais. En faisant cela, je m'imaginais donc une chronique sur un livre d'un groupe d'ami durant plusieurs années. Seulement, je me suis vite rendu compte, d'une part que je n'avais pas assez d'expérience pour réaliser ce genre de travail complexe, et d'autre part que cela ne fonctionnait pas lors du processus d'écriture.

Récemment, j'ai voulu retenter l'aventure de l'écriture. Le pitch de départ, un groupe de jeunes bourgeois(es) aux destinées différentes dans le luxe et la vanité. Idem, un groupe de connaissances avec pourtant un fil directeur commun. J'ai essayé d'écrire, je n'ai pas réussi. Peut-être ne me suis-je pas senti proche de mes personnages. Pourtant, je n'ai rien de commun avec Lucile, le personnage principal d'Elle e(s)t Lui.
Après avoir écarté un ouvrage de science-fiction, car demandant une trop grosse somme de travail dans la conception de l'univers, je me suis retrouvé à écrire Angus, avec une facilité que je n'avais plus connu depuis Elle e(s)t Lui. Il est donc fort probable que mon prochain roman soit celui-ci. Sans en dévoiler plus que de raison, Angus conte l'effondrement d'une personne, une descente aux enfers. N'est-ce pas là l'idée principale d'Elle e(s)t Lui ? Même si l'histoire n'a rien à voir avec ce dernier, Angus est basé sur la même idée, le même moteur.
En revenant plus loin dans le temps, on peut se rendre compte que, déjà, dans Les Errants d'Ahilaya, la déchéance était présente, mais encore plus dans Les Errants d'Ahilaya II, que je n'ai jamais terminé, mais dont les trois premiers quarts témoignaient d'une noirceur dans l'atmosphère identique au voyage intérieur de Théo.

La déchéance, ça serait mon crédo ? Peut-être tiens-je cela de mon amour irraisoné pour Star Wars et son univers, et ce basculement du côté clair au côté obscur, quand l'on peut se servir du côté obscur pour accomplir dans l'esprit de bonnes choses. Je n'en sais rien. Mon avancée dans l'écriture d'Angus permettra peut-être de me donner la réponse sur ce que j'aime et sais écrire. Pour essayer ensuite de changer de registre, et faire voyager le lecteur avec d'autres moyens et d'autres artifices.

lundi 2 mars 2009

Désolé, mais la Princesse est dans un autre château

"L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle !"

Ces propos sont ceux du Nicolas Sarkozy ministre, en février 2006, s'adressant à des fonctionnaires. Je ne suis pas là pour faire de l'anti-sarkozysme primaire, d'autres le font très bien à ma place. Non, je veux juste imaginer ce qui pousse un grand populiste comme lui à prononcer ces mots sur le ton de la plaisanterie. S'il peut se permettre de dire cela, c'est qu'il y a un public prêt à recevoir.

Personnellement, j'ai lu La Princesse de Clèves avant d'entrer en hypokhâgne, le livre était sur la liste des ouvrages à lire, et comme un idiot je les ai presque tous lus, sachant qu'au final, ce sont des bouquins totalement différents que nous avons étudié. La Princesse de Clèves est le livre dit fondateur de la littérature moderne ; mais tout d'abord, à l'égard du malheureux guichetier qui voudrait tout de même lire ce livre, je dois le prévenir que la première partie du livre m'a paru soporiphique, avec tout un tas d'énumérations de noms en tout genre qu'il est impossible de retenir. Une édition avec une généalogie n'aurait pas été du luxe. La Princesse de Clèves, donc, constitue une nouvelle approche (pour l'époque, s'entend) psychologique de l'amour et de la fidélité (oserons-nous parler de libertinage ?), avec sans cesse les tiraillements de cette Princesse face à l'amour du Duc de Nemours. Le sentiment amoureux est décortiqué dans ses moindres détails, amenant les changements dans les comportements. L'une des seules choses qui peut rebuter le lecteur en lisant le livre, c'est le style très précieux de Madame de La Fayette. En même temps, cela a été écrit en 1678. Cependant, celui-ci reste hors du temps, car contant les bases de la vie sentimentale dans cet univers quasi-monacal qui entoure la Princesse.

Bon, arrêtons-nous ici sur La Princesse de Clèves et revenons en au discours de M. Sarkozy. Il est vrai qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu ce livre pour faire un bon agent de la fonction publique, je pourrai prendre pour exemple mes parents, qui travaillent dans un hôpital et qui n'ont jamais entendu parler de Madame de La Fayette. Cela, pourtant, ne les empêche pas d'assurer leur travail efficacement. Je pense que sur ce point, tout le monde sera d'accord.

Cependant, une chose me choque : c'est le déni de la culture. Pourquoi cela serait-il impossible de parler de La Princesse de Clèves avec une guichetière ? Parce qu'une guichetière, c'est forcément con, donc ça ne lit pas et ça préfère regarder la télé en bouffant des chips ? Je suis désolé, mais n'importe qui peut très bien parler d'un livre qu'il a lu et faire partager sa culture. D'ailleurs, il qualifie l'examinateur de "sadique" ou d'"imbécile". Avec ces termes, on touche peut-être le fond du problème : le monde s'envisage désormais pour une certaine portion de la population comme dénué de culture. Le savoir (et non l'intelligence), la connaissance, ne serviraient à rien pour "produire". Cela se recoupe avec une déclaration de Xavier Darcos qu'il avait tenue lors de sa volonté de réformer le lycée. Je cite, "le lycée français est sans aucun doute trop dispersé, avec un nombre d'options considérables, dont certaines coûtent extrêmement cher avec une utilité sociale limitée." Sans m'épancher là-dessus, car je me rend compte que je fais vraiment beaucoup de digressions, c'est la notion d'"utilité sociale limitée" qui me fait mal. La culture doit donc produire quelque chose. Si nous avons un cerveau, pourquoi ne pas s'en servir à notre épanouissement en découvrant des choses qui ne serviront peut-être pas fondamentalement à faire progresser le PIB de la Nation, mais à la réflexion personnelle et commune ? La culture doit-elle toujours être vue comme appartenant à une élite et pour une élite, s'attirant la foudre des dites "petites gens" qui croient que cela leur est inaccessible ? Le fond du problème est peut-être là, ce discours du futur candidat à aux élections présidentielles n'en étant que l'illustration. La culture n'est pas réservée aux élites, même une guichetière peut se l'approprier.

Imaginer un monde où tu pourrais parler de La Princesse de Clèves avec une guichetière de La Poste, est-ce de trop ? Pourquoi cela serait-il cocasse ? Cela ne la rendrait pas plus efficace, mais cela pourrait peut-être nous ouvrir l'esprit sur des choses moins matérielles.

Ah, l'utopie...


samedi 21 février 2009

Estampes et frigidaires

Il n'y a pas longtemps, j'ai été faire un tour à la FNAC, et j'ai vu bien exposé une sorte de stand, avec un joli éventail, consacré à l'éditeur Picquier, spécialisé dans la littérature asiatique (avec de biens jolies couvertures, un papier de bonne qualité, il faudrait juste qu'ils se mettent d'accord un jour sur qui de l'auteur ou du titre apparaitra en gras sur la tranche du livre). Pour deux livres Picquier achetés, on avait soit une estampe, soit une boîte remplie de magnets pour faire des haïkus. Je me suis acheté les deux tomes qui me manquaient de la trilogie de Ryû Murakami, Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort (je vous en parle bientôt), et la dame de la FNAC m'a remis l'estampe et la boîte de magnets. Quel veinard.

Bon, je ne sais pas si je suis personnellement insensible à l'art japonais de l'estampe, mais je trouve celle-ci affreuse, représentant un escargot qui a bavé. Par contre, la boîte de magnets, elle, elle est intéressante. Enfin, un peu. Elle doit contenir facilement trois ou quatre cents magnets de petite tailles, blancs, avec juste marqué un mot en Times New Roman. D'accord, ils se sont pas foulés, mais ça permet de s'initier aux haikus. Ou de balancer les mots sur le frigo et voir lesquels restent accrochés, et celui qui en a le plus gagne. Mais on va retenir la première proposition.

Alors, qu'est-ce qu'un haïku ?
Déjà, c'est très compliqué. Rapidement, c'est un poème japonais de 17 mores sous la forme 5/7/5, censé exprimer la quintessence des choses, la plupart du temps en rapport avec la saison. Ok, ça vous aidera pas à faire des haïkus, mais ceci-dit, une boîte de magnets non plus.
Si jamais vous voulez parfaire votre connaissance sur ces petits poèmes, car je n'arrive pas à m'exprimer, et que de toute façon des experts le feront mieux que moi vu que c'est très pointilleux, je vous conseille de vous rendre sur HaikuNet.

Pour l'exemple, voici quelques traductions d'haïkus que j'aime bien (bien que je doute que les poètes de l'époque utilisaient des magnets, hein).

Le jour sur les fleurs
Décline et sombre déjà
L'ombre des cèdres
(Matsuo Bashô)

Pousses de bambou
Qu'au temps de mon enfance
M'amusais à dessiner
(Matsuo Bashô)

Affalé au sol
Le cerf-volant
Etait sans âme
(Kubonta)

Et le meilleur :

Si tu es tendre pour eux
Les jeunes moineaux
Te feront dessus
(Kobayashi Issa)


mercredi 18 février 2009

Couvertures fluos

J'ai reçu hier matin mon manuel sur l'Afrique subsaharienne, l'ouvrage de Roland Pourtier, Afriques Noires. Je l'ai parcouru, ça a l'air super complet et super précis, le bonheur pour l'étudiant, n'est-ce pas ? Sauf qu'il y a un petit problème : la couverture a un effet répulsif et il m'est impossible d'avoir un semblant de motivation pour ouvrir le livre et m'y plonger sérieusement. Non mais franchement, comment est-ce que quelqu'un peut pondre un truc aussi moche ?
Entre ça et les couvertures vertes crados ou rayées des PUF, on est servis... Les livres de savoir doivent-ils automatiquement posséder une couverture dissuasive, afin de laisser le manant loin du savoir ? Je suis désolé, mais la connaissance n'est pas forcée d'être austère... Ce n'est pas parce que quelque chose parait beau qu'il est forcément mauvais. Personnellement, j'accorde une grande importance au contenu, mais le fait d'avoir un bel objet entre les mains, c'est quand même une part non-négligeable du plaisir.

Prenons l'exemple de l'ouvrage dirigé par Alain Corbin, L'Histoire du Christianisme, édité par Seuil. Ce n'est pas à proprement parler un ouvrage universitaire, mais tout de même un livre d'histoire sérieux. La couverture est belle, les inscriptions en lettres dorées, la mise en page est soignée sur la quatrième de couverture et la tranche est sobre tout en reprenant les lettres dorées. Le papier est épais et l'on a vraiment envie de lire le livre même si on se fiche pas mal des mésaventures des papes au VIIIe siècle, par exemple. L'attrait du beau livre, tout simplement. Et le contenu de L'Histoire du Christianisme est très bon, au demeurant ; enfin, de ce que je peux en juger...