samedi 28 mars 2009

Rabu & Poppu

Il y a de cela une semaine, je vous parlais de Love & Pop, de Murakami. En me renseignant sur l'effet que pouvait avoir eu le livre au Japon, j'ai découvert qu'une adaptation cinématographique avait été faite, en 1998. C'est l'oeuvre d'Hideaki Anno, que certains connaissent comme étant le papa de Neon Genesis Evangelion. En ayant juste lu ça, un homme qui travaille sur une série animé mettant en scène des robots géants contrôlés par des femmes avec d'énormes poitrines (je caricature à dessin), ça donne un peu peur pour l'adaptation d'un roman sur la prostitution étudiante. Et puis quand on voit l'affiche, franchement, ça laisse augurer du pire : "Schoolgirls by day... Call girls by night", avec une photo des quatres lycéennes en maillot de bain. Cela serait une affiche pour un porno que cela ne surprendrait personne.



Que nenni, finalement, l'adaptation est réussie. Hideaki Anno, qui avait déjà surpris son monde lors des ultimes épisodes de Neon Genesis Evangelion en y expliquant de manière imagée et philosophique comment il a guéri de son trouble de la personnalité borderline. Il s'agit pour Love & Pop d'un live-action (ou cinéma réalité) : tout est filmé à la caméra DV, avec des fois un rendu très sale, très flou, proche d'un film de vacances. Le montage est nerveux, les cadrages parfois approximatifs pour suivre les quatre amies ou juste Hiromi. D'ailleurs, du côté des actrices, et surtout d'Hiromi, c'est du bon. Quelques changements par rapport au roman, des petits détails sont encore plus malsains que chez Murakami (châpeau, parce que pour réussir ça, il faut se lever tôt...). Le rendu d'ensemble est étrange, avec un aspect de cinéma-vérité choc, c'est très cru, il n'y a pas d'artifice, de longs plans larges, non, c'est pris sur le vif, sans soucis d'esthétisme (bien que cela en soit en réalité un, mais bref, passons).
Et qu'en est-il du rendu de l'atmosphère qu'a mis Murakami dans son roman ? Cela passe agréablement bien, on sent vraiment un respect de l'oeuvre originelle, avec la présence des messages vocaux, des chansons, des conversations en fond sonore (mais ne comprenant pas le japonais et les bruits de fond n'ayant pas été sous-titré, je ne peux dire si ce sont celles du roman). Aller, seul petit bémol : dans un video club, Hiromi lit dans le roman les titres sur les jaquettes pendant une ou deux pages, avec souvent des répétitions. Cela est rendu tel quel dans le film, et cela passe mal. Mais c'est vraiment les seules vingt secondes, sur une heure cinquante, où on se demande ce que ça fout là.

Il s'agit donc d'une très bonne adaptation. Un très bon film ? Je n'en sais rien, je ne l'ai vu que comme l'adaptation du livre de Murakami. Si je dois donner un verdict, oui, il s'agit d'un très bon film, choquant, cru, montrant la vérité de manière encore plus frappante que chez Murakami, avec un média différent qui possède ses propres moyens de véhiculer son message et ses idées. Enfin, cela reste du "cinéma d'auteur" japonais, donc cela peut ennuyer pas mal de monde, j'en convient.

Pour Love & Pop, Hideaki Anno reçut le Prix du Meilleur Jeune Réalisateur au Festival du Film de Yokohama ; et une polémique fut lancée au Japon sur la prostitution des jeunes filles qui, je pense, n'a pas vraiment abouti quand on voit encore le nombre d'idols et l'intérêt toujours vif pour toutes les filles à peine formées et en uniforme au sein de la gente masculine japonaise. Mais cela a eu le mérite de mettre le sujet sur la table.


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